Résistance

    

Occupé depuis la mi- novembre 1942, le département de l'Aveyron vit en août 1944 les derniers jours d'une cohabitation de plus en plus meurtrière ;

les premiers mois de l'année ont mis en exergue des actions résistantes très violemment réprimées.

Des colonnes de répression ont instauré un climat de terreur.

Mais les débarquements de Normandie et de Provence insufflent l'espoir d'une libération prochaine.

    

   

La journée du 17 Août 1944

Les préparatifs du départ

Pour éviter l'encerclement des troupes allemandes, le général Blaskowitz, commandant de la zone sud, donne l'ordre de repli ; le Verbindungstab 802 de Rodez par l'intermédiaire de son chef, le colonel Steuber, en est informé à 11h15 ; les quelques 1800 hommes avec véhicules blindés, canons, armes, munitions, vivres quitteront Rodez le lendemain, le 18, à partir de 4 heures. Avec une certaine nervosité, des barrages avec mitrailleuses et chenillettes sont installés autour de la ville, des voitures, camions, charrettes, chevaux, bicyclettes promptement réquisitionnés.

   

La veille, le 16, une partie de la légion azerbaïdjanaise voit une tentative de révolte pourtant minutieusement préparée anéantie par une trahison. La sanction,  immédiate, se traduit par l'arrestation de 60officiers et sous-officiers ; 19 d'entre eux sont condamnés à mort. Certains parviennent à s'enfuir . En guise de représailles, les Allemands arrêtent les cadres de la légion et en fusillent une soixantaine.

  

La prison, installée dans les casernes Burloup, relève de la responsabilité de deux membres du SD (ou Police de sécurité-« Sicherheitsdients » : Service de sûreté et de renseignements du parti nazi) de Rodez : Stettien, chef des renseignements et le caporal-interprète Fienemann, dit « Le Grand-Luc ». Leurs convictions les conduisent à décider d'exécuter sans délai les trente prisonniers. L'ordre doit toutefois être signé par le colonel Steuber. En fin de matinée, Stettien exige et obtient cette signature.

   

La fusillade

En début d'après-midi, Stettien et Fienemann s'empressent de constituer le peloton d'exécution fort d'une trentaine d'hommes et choisissent le champ de tir de Ste-Radegonde composé d'une butte et d'une trnchée. Les détenus seront ainsi abattus en toute discrétion.

  

Attachés deux par deux, ils s'engouffrent sous bonne garde dans un camion bâché, qui va ls déposer, en deux convois successifs, à proximité du site. Une voiture dans laquelle prennent place Friedmann et Stettien ouvre la marche, un camion à plateau découvert transportant les soldats puissamment armés assure les arrières.

  

Fienemann rejoint un minuscule monticule dans le prolongement de la tranchée alors que les condamnés s'alignent, avec résignation, dos à la butte. Ils distinguent Rodez, le clocher de la cathédrale dans le soleil couchant. Quelques-uns entonnent alors le chant de la Marseillaise … les rafales de mitraillettes crépitent … Les corps tombent, mortellement touchés, précipités dans la tranchée. Les éventuels blessés sont achevés. Les coups de feu s ‘estompent. Les soldats recouvrent sommairement d'une fine couche de terre les cadavres. Il est 17h40. Le convoi regagne Rodez.

  

Une poignée de Radegondiens occupés aux travaux des champs ont assisté, à distance, à la scène ; certains ont vu les allers et retours des camions, d'autres ont entendu des cris et des détonations. Tétanisés par la peur, aucun d'entre eux n'a osé s'approcher avant le lendemain matin. Dans la nuit, les troupes d'occupation font sauter les dépôts de munitions et abandonnent Rodez le 18 à l'aube. Quelques heures plus tard, les habitants de Ste-Radegonde découvrent les corps atrocement mutilés.

  


Exhumés puis transférés à la morgue de l'hôpital de Rodez, ils sont identifiés. Le 19, après leur mise en bière, leurs familles et la population se recueillent dans une même ferveur. Trente actes de décès sur lesquels sera apposée ultérieurement la mention « Mort pour la France » sont établis. Le dimanche 20 août 1944, se déroulent les obsèques solennelles au pied de la cathédrale, place d'Armes, devant le Monument aux morts. Une croix de Lorraine rapidement dressée à côté de la tranchée rappelle alors le lieu de la fusillade.

   

Les trente fusillés

Aveyronnais, originaires d'autres départements ou étrangers, âgés de 17 à 53 ans, issus de milieux socio-professionnels très divers, célibataires ou chargés de famille, ils ont pour la plupart pris une part active à la Résistance et aux combats de la Libération.

   


   

Le Mémorial

Inauguré le 18 août 1946, sa configuration rappelle la butte de tir et la fusillade par ses largeur et hauteur imposantes, sa découpe particulière, les moellons de grès rouge irréguliers, la croix de Lorraine initiale, les deux gisants enchainés. Symbole de l'hommage du Rouergue à ses fils victimes de la barbarie nazie, il égrène, gravés sur des plaques de granit, les noms des trente fusillés sur la partie centrale. A leur côté figurent toutes les victimes repertoriées à la fin de la guerre.

     

Le mémorial et la butte de tir

Les gisants, sculpture centrale du mémorial

          

Chaque 17 août donne lieu à une commémoration solennelle où, désormais,

les jeunes générations prennent le relais de l'hommage à toutes les victimes de la folie meurtrière des hommes.


           

   

   


 
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